12-15-2008, 06:59 PM
Prélude.
Cycle premier.
Les Cieux, date inconnue.
Ainsi, c’était elle qui s’occuperait de cette affaire. Malgré lui, l’ange trouvait la situation assez ironique, même si il goûtait assez peu à ce genre de fatalité. De sa démarche assurée, il parcourait les interminables couloirs de la section DO-951. Ce dédale inextricable, typiquement administratif, finirait par le mener jusqu’à un bureau qu’il ne connaissait que trop bien.
C’était inévitable.
La convocation lui avait été remise en bonne et due forme par un jeune stagiaire, faisant office de messager pour l’occasion. De cette manière, l’expéditeur avait l’assurance que sa missive était délivrée en mains propres.
L’ange poussa un léger soupir. Il reconnaissait bien là ses méthodes. Impossible pour lui de prétendre qu’il n’avait pas reçu son « invitation ». D’autre part, l’ignorer n’aurait fait qu’aggraver son cas.
En son for intérieur, il en avait la certitude. Elle serait bien capable de se déplacer en personne jusqu’à ses quartiers, si il persistait à laisser son assignation pour lettre morte. La ténacité était un de leurs traits communs, il ne pouvait le nier.
Chemin faisant, l’ange passa en revue les souvenirs épars qui subsistaient de sa précédente mission sur Terre. En dépit de tous ses efforts, sa mémoire s’étiolait, à l’instar des songes fugaces que l’on essaie désespérément de graver dans son esprit, juste après s’être éveillé. Tant pis. Il haussa les épaules, renonçant à fouiller un peu plus dans ce capharnaüm spirituel, encore trop troublé suite à la perte récente de son incarnation humaine.
Qu’importait, après tout. Elle avait certainement prévu un compte-rendu le plus exhaustif possible. La moindre de ses actions terrestres serait étudiée, analysée, et archivée. Ses fautes y compris, bien évidemment. Il se demandait parfois si elle en éprouvait un quelconque plaisir, ou tout du moins, de la satisfaction. Alors que cette idée lui arrachait un improbable rictus d’agacement, le prévenu réalisa qu’il était enfin arrivé à destination.
Il frappa trois coups contre la porte face à lui, puis entra directement dans la pièce, sans attendre une éventuelle réponse. D’une voix où perçait un certain degré de lassitude, Cyr s’annonça.
- Je suis là, ma chère sœur.
Elidah ne releva pas les yeux sur lui. Elle achevait d’écrire un quelconque note. Cyr ne l’avait jamais connu autrement que studieuse, le visage grave et concentré. Ils se ressemblaient, personne n’aurait pu nier une telle évidence. Le même visage un peu allongé et des cheveux d’un noir qui absorbait la lumière. Mais ce n’était pas le physique qui rendait ce jumelage si remarquable.
- Installes-toi, tu connais la procédure.
Il était efficace sur le terrain, elle l’était de la même façon derrière un bureau. Ils avaient connu des carrières en parallèles. Et si chacun d’eux avait le sens de l’efficacité, ils ne cultivaient pas celui de l’ambition, ce qui expliquait en partie la raison pour laquelle ils n’avaient jamais été au-delà de leur premier grade.
Le rôle de serviteur leur convenait. Et puis, tout ce qui tenait de la gestion avait toujours été dévolu à Elidah. Elle était dotée d’un esprit pragmatique et d’un sens du raisonnement aiguisé. Voilà pourquoi, à l’heure de se ranger derrière un archange, elle avait choisi Dominique, alors qu’il énonçait ses vœux de loyauté envers Laurent.
Ordre et Justice.
- Je t’avais prévenu des risques en cas de récidives.
- Je n’avais pas le choix.
- Bien sûr, tu ne l’avais pas. Mais la loi est la même pour tous, c’est ce qui la rend juste et fiable. Nous avons deux cas d’infractions au code à moins de 500 kilomètres d’intervalles sur les trois dernières années terrestres. Tu sais qu’un minimum de dix est requis pour rendre le précédent avertissement caduc.
- Le service des incarnations était au courant de mon dossier, je n’ai pas décidé de mon affectation.
- Essayes-tu de te justifier, mon frère ?
Elidah le regardait enfin dans les yeux.
- Non, répondit-il dans un soupir las.
- Qu’aurais-je du faire selon toi ?
Elle relit quelques lignes du dossier où devait être consigné le moindre de ses déplacements lors de sa dernière incarnation. Cyr ne doutait pas qu’elle en connaissait déjà tous les détails par cœur, probablement cherchait-elle à se ménager quelques secondes avant de répondre.
- Je n’ai rien à dire. Tu as bien agi étant donné les circonstances.
- Pourtant tu ne m’épargneras pas la sanction.
- Je ne rends pas Ma Justice, mais celle du Très Haut. S’il en était autrement, crois-tu qu’on me laisserait me charger de toi ? Nous avons déjà eu cette discussion.
L’ange au service de l’épée eut un rictus.
- Je n’en ai pas le souvenir.
- Ainsi ils n’ont pas attendu que je te l’annonce, dit-elle soudainement pensive. Ton grade t’a été retiré.
- Pour combien de temps ?
- Je l’ignore. Le temps nécessaire. Tu sais que c’est Arvyel qui se réserve ce genre de décision.
- Ce type, siffla Cyr entre ses dents.
- Prends patience. Il m’a dit que nous serait confiée une mission. Ce sera l’opportunité de faire amende honorable.
- Nous ?
Elle fit un signe affirmatif de la tête tout en refermant son dossier. Bien qu’ils sachent travailler en bonne intelligence, il était exceptionnel qu’ils soient en mission ensemble. La vérité, c’était que depuis de nombreux siècles, Elidah avait pris ses dispositions pour ne plus quitter les cieux. La terre était un terrain de guerre perpétuelle où elle ne puisait ni force ni courage. C’était un de ses paradoxes. Après tout, n’étaient-ils pas une paire d’anges voués à la guerre lors de leur création?
La conclusion s’imposait d’elle-même à Cyr, on avait décidé de la punir à sa place.
Cycle premier.
Les Cieux, date inconnue.
Ainsi, c’était elle qui s’occuperait de cette affaire. Malgré lui, l’ange trouvait la situation assez ironique, même si il goûtait assez peu à ce genre de fatalité. De sa démarche assurée, il parcourait les interminables couloirs de la section DO-951. Ce dédale inextricable, typiquement administratif, finirait par le mener jusqu’à un bureau qu’il ne connaissait que trop bien.
C’était inévitable.
La convocation lui avait été remise en bonne et due forme par un jeune stagiaire, faisant office de messager pour l’occasion. De cette manière, l’expéditeur avait l’assurance que sa missive était délivrée en mains propres.
L’ange poussa un léger soupir. Il reconnaissait bien là ses méthodes. Impossible pour lui de prétendre qu’il n’avait pas reçu son « invitation ». D’autre part, l’ignorer n’aurait fait qu’aggraver son cas.
En son for intérieur, il en avait la certitude. Elle serait bien capable de se déplacer en personne jusqu’à ses quartiers, si il persistait à laisser son assignation pour lettre morte. La ténacité était un de leurs traits communs, il ne pouvait le nier.
Chemin faisant, l’ange passa en revue les souvenirs épars qui subsistaient de sa précédente mission sur Terre. En dépit de tous ses efforts, sa mémoire s’étiolait, à l’instar des songes fugaces que l’on essaie désespérément de graver dans son esprit, juste après s’être éveillé. Tant pis. Il haussa les épaules, renonçant à fouiller un peu plus dans ce capharnaüm spirituel, encore trop troublé suite à la perte récente de son incarnation humaine.
Qu’importait, après tout. Elle avait certainement prévu un compte-rendu le plus exhaustif possible. La moindre de ses actions terrestres serait étudiée, analysée, et archivée. Ses fautes y compris, bien évidemment. Il se demandait parfois si elle en éprouvait un quelconque plaisir, ou tout du moins, de la satisfaction. Alors que cette idée lui arrachait un improbable rictus d’agacement, le prévenu réalisa qu’il était enfin arrivé à destination.
Il frappa trois coups contre la porte face à lui, puis entra directement dans la pièce, sans attendre une éventuelle réponse. D’une voix où perçait un certain degré de lassitude, Cyr s’annonça.
- Je suis là, ma chère sœur.
Elidah ne releva pas les yeux sur lui. Elle achevait d’écrire un quelconque note. Cyr ne l’avait jamais connu autrement que studieuse, le visage grave et concentré. Ils se ressemblaient, personne n’aurait pu nier une telle évidence. Le même visage un peu allongé et des cheveux d’un noir qui absorbait la lumière. Mais ce n’était pas le physique qui rendait ce jumelage si remarquable.
- Installes-toi, tu connais la procédure.
Il était efficace sur le terrain, elle l’était de la même façon derrière un bureau. Ils avaient connu des carrières en parallèles. Et si chacun d’eux avait le sens de l’efficacité, ils ne cultivaient pas celui de l’ambition, ce qui expliquait en partie la raison pour laquelle ils n’avaient jamais été au-delà de leur premier grade.
Le rôle de serviteur leur convenait. Et puis, tout ce qui tenait de la gestion avait toujours été dévolu à Elidah. Elle était dotée d’un esprit pragmatique et d’un sens du raisonnement aiguisé. Voilà pourquoi, à l’heure de se ranger derrière un archange, elle avait choisi Dominique, alors qu’il énonçait ses vœux de loyauté envers Laurent.
Ordre et Justice.
- Je t’avais prévenu des risques en cas de récidives.
- Je n’avais pas le choix.
- Bien sûr, tu ne l’avais pas. Mais la loi est la même pour tous, c’est ce qui la rend juste et fiable. Nous avons deux cas d’infractions au code à moins de 500 kilomètres d’intervalles sur les trois dernières années terrestres. Tu sais qu’un minimum de dix est requis pour rendre le précédent avertissement caduc.
- Le service des incarnations était au courant de mon dossier, je n’ai pas décidé de mon affectation.
- Essayes-tu de te justifier, mon frère ?
Elidah le regardait enfin dans les yeux.
- Non, répondit-il dans un soupir las.
- Qu’aurais-je du faire selon toi ?
Elle relit quelques lignes du dossier où devait être consigné le moindre de ses déplacements lors de sa dernière incarnation. Cyr ne doutait pas qu’elle en connaissait déjà tous les détails par cœur, probablement cherchait-elle à se ménager quelques secondes avant de répondre.
- Je n’ai rien à dire. Tu as bien agi étant donné les circonstances.
- Pourtant tu ne m’épargneras pas la sanction.
- Je ne rends pas Ma Justice, mais celle du Très Haut. S’il en était autrement, crois-tu qu’on me laisserait me charger de toi ? Nous avons déjà eu cette discussion.
L’ange au service de l’épée eut un rictus.
- Je n’en ai pas le souvenir.
- Ainsi ils n’ont pas attendu que je te l’annonce, dit-elle soudainement pensive. Ton grade t’a été retiré.
- Pour combien de temps ?
- Je l’ignore. Le temps nécessaire. Tu sais que c’est Arvyel qui se réserve ce genre de décision.
- Ce type, siffla Cyr entre ses dents.
- Prends patience. Il m’a dit que nous serait confiée une mission. Ce sera l’opportunité de faire amende honorable.
- Nous ?
Elle fit un signe affirmatif de la tête tout en refermant son dossier. Bien qu’ils sachent travailler en bonne intelligence, il était exceptionnel qu’ils soient en mission ensemble. La vérité, c’était que depuis de nombreux siècles, Elidah avait pris ses dispositions pour ne plus quitter les cieux. La terre était un terrain de guerre perpétuelle où elle ne puisait ni force ni courage. C’était un de ses paradoxes. Après tout, n’étaient-ils pas une paire d’anges voués à la guerre lors de leur création?
La conclusion s’imposait d’elle-même à Cyr, on avait décidé de la punir à sa place.