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De l'ombre à la Lumière, un pas
#21
  Il avait fallut ramper à nouveau, faible cette fois et sans la peur des fauves pour encouragement. Son dos était à vif d'avoir frotté sur la pierre encore. Ses muscles se tétanisaient par moment, empêchant tout avancement durant de longues et douloureuses minutes. La soif... ne pas penser à la soif. Le soleil était là, sa caresse se sentait, irradiant de la première couche de terre éclairée par sa lumière. Au soleil il ferait chaud, trop chaud même. Mais il n'y avait pas d'autre moyen. Il fallait sortir et regagner le village. Prévenir.

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  Un groupe était parti à la recherche de Gajube et Hawa, profitant du jour pour être plus à l'aise avec les fauves. Seuls des chasseurs et des hommes forts participaient. Aucune affaire du jeune Kodio ne semblait manquer, chose étrange puisque la fille avait emporté les siennes. Cela ne dérangeait pas les haineux, les médisants, une bonne part du village qui criait haro sur la famille toute entière. C'était certain, la graine de malfaisance était en chacun d'eux, même les plus jeunes ne faisaient pas exception.
  On voulut les déloger, les rassembler pour les humilier et les chasser. Dalo et Benam s'opposèrent à la manœuvre, le premier débarquant en rage là où on avait commencé à les amener. La journée fut un calvaire pour les Kodio, un calvaire pour l'apprenti wali. Il dut superviser les recherches, préparer la transe qui lui permettrait d'entrer en contact avec les esprits, s'occuper de son maître dont la santé était inquiétante... Epuisé par les derniers jours, chacun de ses pas devenait plus chancelant à mesure que les heures défilaient.
  Pour son voyage dans le monde supérieur, Gelilaa avait du s'y rendre seul, sans l'aide d'Abojo qui ne pouvait l'assister dans son état. Le cœur battant, son âme coucal avait lutté contre les pensées folles volant et tourbillonnant dans son esprit. Une fois la tempête passée, sa gorge et ses lèvres étaient sèches d'avoir récité les rites et les chants, ses oreilles bourdonnaient. La lumière presque aveuglante qui émanait de la Renarde le surprit et l'apprenti faillit se détourner. Pourtant, l'esprit gardien n'était pas joueur comme à son habitude : pas de danse, pas de jeu de cache-cache, pas d'énigmatiques sentences. Ses indications étaient à peine des allusions, elles s'offraient clairement à Gelilaa qui n'en ramena pourtant rien qui puisse le rassurer ou l'aider.
  Plus tard, il avait fini prostré sur le sol, sans savoir depuis combien de temps la Renarde l'avait laissé. Il lui avait fallu du temps pour se relever, pour accepter de bouger. Du temps pour convaincre son corps que le repos n'était pas pour tout de suite.


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  A la fin de la journée, ce fut définitif : les Kodio devaient partir. Certains étaient même d'avis que tout le monde devait en faire autant, mais pour cette famille c'était particulier : ce n'était pas un exil volontaire, c'était de l'ostracisme. Aucun de ses membres ne pourrait jamais revenir au village du Flamboyant. La rumeur, portée par le vent funeste, était venue jusqu'au wali. Lorsqu'il put enfin se lever, il chercha le cœur des événements, l'ombre aveuglante qui recouvrait le village et prenait possession de ses habitants. Marchant lentement, il alla vers la place, déserte en ces temps troublés, puis vers les cases qui lui semblaient entourées d'une agitation malsaine.
  De l'agitation, il y en avait. On trouvait, assemblés ici, les plus fervents partisans de l'exclusion des Kodio, les patriarches les plus en forme et quelques spectateurs venus défendre ou témoigner, mal à l'aise au milieu de tout cela. La famille de Gajube traînait dans ses préparatifs, du plus âgé au plus jeune on espérait que l'improbable cauchemar prendrait fin. L'absence de l'un des leurs se faisait durement ressentir, tant par l'inquiétude que les questions qu'elle provoquait. On les houspillait, on les bousculait, on ne se gênait pas pour parler comme s'ils étaient déjà partis. Face à cela, certains perdaient tout courage et toute volonté, restant les bras ballants sans plus s'occuper de leur paquet.
  Abojo observa la scène un moment, l'œil sombre. Une autre absence le préoccupait et comme il allait s'enquérir de son apprenti, une silhouette à la périphérie l'arrêta dans son élan. Elle se déplaçait pour observer, ne cherchant pas à participer ou à pénétrer dans le cercle, même quand certains s'écartaient pour lui faire une place. Jamais elle ne lui apparut clairement mais il avait sa réponse avant de l'avoir posée. Seulement, quand il eut fait le tour du groupe, eut discuté avec quelques personnes et constaté l'étendu des dommage sur le village, le gamin avait filé. Le wali prit le chemin de sa case, soucieux.


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- Alors, il en dit quoi ? demanda Helliah pour la quinzième fois au moins.
- Chhhht ! Je ne vais pas pouvoir me concentrer si tu m'interromps toutes les deux minutes, le tança Azerine en levant les yeux au ciel. Je te croyais plus patient.
- Mouais. Ça fait deux heures qu'on poireaute ici. Tu as vu comme moi, c'est fichu. Ce n'est plus qu'une question de quelques jours avant qu'ils se tirent.

  L'Ange à la chevelure rousse lui adressa un regard énervé et s'éloigna d'une dizaine de pas. Elle savait qu'Helliah avait raison et c'était ce qui la mettait le plus hors d'elle : savoir que leur deuxième camp de base allait tomber. Elle tapait du pied en pensant aux déchus qui devaient bien rire de leur retard et finit par se laisser tomber sur le sol dans une attitude boudeuse. De toute façon, en se déconcentrant elle risquait surtout de louper les messages de Céraziel. Les preuves qu'il cherchait pourraient leur permettre d'agir sans craindre les pénalités mais le temps serait sûrement compté. Mieux valait ne pas en perdre en obligeant le blondinet à se répéter. Surtout qu'il avait un caractère de cochon quand les choses ne fonctionnaient pas comme il l'entendait.
  L'attente reprit alors. Pour patienter et ne pas louper les doux mots de son cher confrère, Azerine se focalisa sur une image de ce dernier, l'imaginant petit à petit dans des poses et des accoutrements ridicules, puis de moins en moins vêtu jusqu'à l'imaginer à la semblance de certains mâles humains fanfarons. Un léger rire moqueur s'échappa de ses lèvres. Helliah la dévisagea. Comme elle ne semblait pas faire mine de lui parler, il repartit à ses rêveries d'étoffes translucides qu'il écartait toujours un peu plus, dévoilant des formes qui le faisaient saliver tout en l'effrayant.
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Messages In This Thread
De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 10-29-2011, 09:07 PM
Re : De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 01-08-2012, 03:25 PM

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