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De l'ombre à la Lumière, un pas
#20
- Sidy, toi, est-ce que tu l'as vue ma fille ?

  Youma implorait le patriarche de lui donner des nouvelles, de lever l'incertitude, l'ombre sauvage qui planait sur son destin et son bonheur. Sidy secoua la tête. La mère repartit en lamentations, tandis qu'un groupe se formait pour aller à la recherche de Hawa.

  La place du village était désormais teintée de l'écarlate angoissant des fleurs et des feuilles tombées. Mare d'un sang emblématique qui était jadis la flamme du village, l'espace sous les branches nues du Flamboyant était net, sans trace de passage. A sa périphérie, les hommes s'organisaient en évitant de regarder par là, préférant faire le tour plutôt qu'être le premier à poser le pied sur le linceul rouge.
  Arrivant par l'autre côté, Gelilaa s'arrêta et observa la scène. Les hommes s'agitaient plus qu'à l'ordinaire mais les gestes étaient souvent vains, nerveux. Youma était à genoux, sanglotant aux pieds de Sidy et Dalo. Les enfants n'étaient pas visibles, probablement renvoyés dans les cases, chuchotant entre eux des secrets sans rapport ou si peu avec les événements. Du côté du puits, des hommes venus du village voisin se ravitaillaient avant de retourner chercher quelques affaires dans leurs cases abandonnées et de regagner leur campement à l'extérieur de la zone sinistrée. L'apprenti se tourna vers son frère, interrogatif.


- Hawa a disparu. Sa mère nous a dit qu'il manquait une partie de ses affaires, mais personne ne sait par où elle est partie.
- Partie cette nuit ?
- Il semblerait, petit frère. On ne l'a pas vu depuis hier soir en tout cas.

  Tout en discutant, les deux jeunes se rapprochèrent de l'attroupement. On leur fit une place et les gens se turent, comme si tout le monde attendait que le futur wali prennent le problème en main et le résolve en quelques mots. Gelilaa inspira profondément.

- Continuez, dit-il. Si je veux intervenir auprès des esprits, il faut que j'en sache le plus possible. Pour le reste, plus tôt la recherche sera lancée, plus nous aurons de chances de trouver quelque chose. Après une pause, il ajouta : on m'a dit qu'elle avait pris des vêtements.
- Oui, oui, confirma Youma en retrouvant sa voix. Elle... elle est partie. Pourtant elle savait le danger !
- C'est parce qu'elle le voulait et vous non ! intervînt contre toute attente Ragana, une amie de Hawa. Vous voulez rester ici à croupir alors qu'il n'y a plus rien. Rien que la mort au bout.

  Les conversations s'enflammèrent soudain. C'était comme si l'animosité entre les deux camps avait attendu le moindre prétexte pour ressurgir et parasiter les volontés. Gelilaa leva les mains.

- Peu importe, commença-t-il sans que personne ne l'entende. Peu importe ! L'essentiel est de la retrouver. Y a-t-il autre chose qui pourrait nous indiquer la direction qu'elle a prise ? Les gens qu'elle pensait rejoindre ?

  Alors que la plupart haussaient les épaules, une fille un peu plus jeune que Hawa s'avança. Elle semblait vouloir rentrer sous terre mais parla tout de même, d'une petite voix :

- Elle voulait partir avec le garçon qu'elle aime. Je... j'aurais du en parler avant, je ne savais pas qu'elle le ferait maintenant.

  Presqu'aussitôt elle se recula, mais Youma fut plus rapide et lui agrippa le bras.

- Qui ? exigea-t-elle de savoir en serrant un peu fort.
- Je... Je ne sais pas, couina la jeune fille en essayant de faire marche arrière. Elle ne m'a jamais dit son nom. Je rêvais juste quand elle me racontait comment il était gentil, c'est... c'est tout.

  Le renseignement avait à nouveau attiré tous les curieux autour de la mère en pleurs. Chacun y allait de son commentaire chuchoté, ce qui fit grogner Assama qui les rejoignait, accompagné par Amonou.

- Pas de cervelle cette petite, grommela-t-il en poussant deux ou trois oisifs de son bâton. Alors elle est partie, hein ?
- Oui, mais nous ne savons pas avec qui, expliqua Momô avant de regarder le groupe attentivement. Peut-être que quelqu'un l'a vue en compagnie de son "amoureux" ?

  Gelilaa fit un sourire rapide à son frère. Dans le brouhaha ambiant, une voix perça suffisamment pour se faire entendre :

- Moi je l'ai vu parler avec un garçon il y a quelques jours, derrière les cases de Namory et d'Eriko. C'était le jour où les cousins de Kadidia sont passés, quand ils voulaient savoir comment le village tenait. C'est pas courant alors c'est peut-être lui.
- Dis toujours, on pourra aller vérifier, et si ce n'est pas lui, il aura peut-être des indices.
- Pfff, fit la jeune femme en regardant l'apprenti de haut, ça m'étonnerait bien. Elle ne parle pas aux garçons normalement, alors je ne vois pas pourquoi elle aurait confié quelque chose à l'un d'eux. Celui-là en tout cas, c'était Gajube Kodio.

  Avec un petit air triomphant et un sourire suffisant, Seney Diombélé mit ses mains sur ses hanches et savoura les exclamations dégoûtées qui fusaient tout autour. Les Kodio, encore les Kodio. Ils voulaient la ruine du village ceux-là. Une racine pourrie, une écharde dans le cœur du Flamboyant. Des sang-chaud incapables de se tenir. Une plaie... Le cœur serré, Gelilaa écouta la rumeur enfler, luttant contre ses mains qui voulaient se plaquer sur ses oreilles. L'ombre s'étendait sur tous, impalpable mais plus forte que tous les liens qui les unissaient avant, et ces derniers s'amenuisaient à chaque mot prononcé, lâchant les uns après les autres comme chacun ne voyait plus que le bout de son nez.

- Je ne crois pas que ce soit le cas, dit-il calmement, et dans sa poitrine quelque chose s'agitait par à-coups sauvages. Nous devrions aller l'interroger.
- Ça ne sera pas possible, fit Amonou, l'œil sombre. Diabo cherche son fils depuis le petit matin, nous venons justement de chez lui.

  Une lance plus froide que la plus glacée des nuits dans le désert se ficha droit dans l'étrange animal qui voletait à l'intérieur de Gelilaa. La sensation s'étendit le long de ses veines, gagnant tout son corps.

- Fufufufufu.

  Un rire sans animosité détendit l'air sans que personne ne l'ait attendu. Assama souriait, plus paisible qu'aucun autre.

- Il cachait bien son jeu lui. Je l'ai vu il n'y a pas longtemps. Hmm, ce devait être le même jour que Seney. Il était monté jusqu'à la grotte des rites, celles avec les petites fenêtres. Tout n'était pas assez éclairé pour moi, mais je l'ai vu embrasser une jeune fille.
- Tu l'as vu Assama ? Youma hésitait entre l'espoir et le désespoir. Elle est perdue ma petite fille, il faut les retrouver.

  Momô se tourna vers son frère, attendant sa réaction et ses consignes. Mais Gelilaa était absent, fixant Assama comme s'il voyait à travers lui. Tout idée de mouvement semblait l'avoir déserté, jusqu'au réflexe de respiration même. Inquiet, l'aîné faillit demander ce qui n'allait quand l'apprenti déglutit. Il ne disait toujours rien, Momô posa une main sur son épaule.

- Tu en es sûr ? interrogea-t-il à sa place. A ma connaissance Gajube n'avait pas de vue sur une fille particulière.
- Oui oui oui, tu sais bien, de là où j'étais on voit toute la caverne. Il y avait deux personnes là-dedans, et si je n'ai pas aperçu le visage de la demoiselle, je l'ai reconnu lui.
- Bien... Alors nous avons deux personnes à chercher, admit Momô à contrecœur. En commençant par vérifier s'il manque des affaires de Gajube.

  D'un coup d'œil, il vérifia si son frère pouvait reprendre son rôle et fut peu rassuré par ce qu'il vit. Le regard de celui-ci était entre le vide et l'incompréhension, la douleur et l'impuissance noyant tout ce qui aurait pu y être lu en plus. Mais Gelilaa hocha la tête, reprenant le contrôle. Raide.
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Messages In This Thread
De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 10-29-2011, 09:07 PM
Re : De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 01-07-2012, 02:21 PM

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