12-28-2011, 12:44 PM
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Azerine remuait le sable à ses pieds avec humeur. Plus les jours passaient et moins elle pouvait influencer les transes des sorciers et devins, pour la simple et bonne raison qu'il y en avait de moins en moins. Les autres avaient trop rapidement compris l'avantage que ces hommes représentaient pour son groupe et cherchaient depuis à les éliminer le plus vite possible ou à les discréditer. Boudeuse, l'ange faillit buter dans une caillou pour l'envoyer plus loin et se retînt de justesse. Nul doute qu'Azuliel n'apprécierait guère. Levant alors les yeux vers les lucioles fixes du ciel bleu noir, la rousse emplit ses poumons de l'air chargé de senteurs de la Terre. Elle était heureuse d'être ici, indépendamment de l'agacement que lui procurait l'avance des déchus dans leur petit jeu. Ses bras écartés, soumise au vent jusqu'au bout des ongles, ses courbes jouaient le paysage caressé par le souffle capricieux.
Une respiration se fit entendre juste derrière elle. Le "sauvage" revenait et se signalait. Preste, elle se retourna et posa une main sur son épaule. Le colosse eut un sursaut de surprise mais déjà, elle faisait un pas en arrière et il n'avait plus envie que de secouer la tête et de montrer les dents. Il la fixa tout de même avec humeur.
- Ne refais jamais cela, Azerine, gronda-t-il.
- Hihihi, bien sûr, convînt-elle, mutine. Jusqu'à la prochaine fois. Comme la dernière, et celle d'avant...
Azuliel se contenta de l'ignorer et prit le chemin du retour. De temps à autres il s'immobilisait, écoutait, puis il faisait un signe à sa camarade pour lui intimer le silence ou au contraire lui ordonner d'avancer. Impassible, Azerine passait, braise couvant dans les ombres. Quand elle estima qu'ils s'étaient suffisamment éloignés, elle s'arrêta et le héla.
- Chhhhh ! fut la réponse qu'elle obtînt d'abord.
- Ça suffit, nous sommes à des kilomètres de tout homme et il n'y a rien de plus gros qu'un chacal dans les environs. Alors, qu'as-tu trouvé ?
- Pas grand chose, admit Azuliel après un moment. Les fauves de la falaise n'étaient pas ceux que je cherche. Je crois qu'ils sont passés par là mais ils ont du être déplacés. Ecoute, je sais que tu voudrais aider un peu plus ceux-là, mais je ne peux rien faire si je ne repère pas les fautifs.
- La question n'est pas d'aider plus untel ou untel, grand nigaud, mais de rabattre leur caquet aux pétasses mal emmanchées d'Aypeiros ! Nos deux camps de base étaient à peu près sous contrôle il y a dix jours. Là, si le premier survit tant bien que mal, c'est à peine si nous tenons encore le deuxième.
Il y eut un blanc. Aussi intense que le vide qui se lisait sur le visage du grand blond. Parce qu'il faut le dire, en langue angélique les propos d'Azerine avaient une saveur incomparable et une puissance évocatrice plus élevée qu'en langage humain. Azuliel finit par s'animer.
- Reste que je...
Un grondement sourd et à peine audible venait d'en bas, sur le sol. Près d'eux, à peine camouflé par une touffe d'herbe, un petit félin au pelage cannelle à taches noires les observait, oreilles couchées, dos rond et hérissé. L'animal un peu trapu ne dépassait pas les herbes. En fait, il ne dépassait pas la cheville du colosse. Mais peu importe, il crachait maintenant en les fixant d'un air outré. Tandis qu'Azuliel se baissait pour l'attirer et le calmer, Azerine poursuivit son idée :
- Oui, je sais, tu ne les as pas localisés. Bon, on a un cadavre sur les bras et pas de tueur. On peut faire sans. Sauf que les cadavres vont s'accumuler s'ils sont manipulés comme je le crois.
- Il n'y a pas que les fauves qui posent problème, remarqua l'autre ange.
Malgré les efforts de celui-ci, le petit animal ne semblait pas décidé à baisser la garde. Patient, il continua à essayer de l'enjôler puis se redressa en essuyant ses mains l'une contre l'autre.
- Nous leur avons évité deux empoisonnements en intervenant rapidement sur les nappes qui alimentent le puits. Mais je crains que le village ici ne tienne pas longtemps, tout prometteur qu'il était. C'est dans l'air, dans les sons qui en viennent : il y a quelque chose qui sent mauvais, affirma-t-il.
Azerine, qui ne s'intéressait pas jusque là au félin riquiqui et téméraire, baissa la tête, soudain absorbée, et sourit en mettant une main devant sa bouche. Elle cherchait visiblement à se retenir mais ne put le faire bien longtemps.
- Pff... Pffftuh uhuhuh. Ahahahah ! Aaaaah ahahaha ! explosa-t-elle tout à coup. Aaah, ah oui. Ça c'est sûr. Ça sent mauvais. Ça va même sentir le mal. Le mâle extrême.
Reprenant son souffle avec difficulté, elle pointait du doigt la petite bête qui grattait frénétiquement la terre en direction de la jambe d'Azuliel, histoire de parfaire sa tâche qui avait commencé dans un mouvement commando bien réglé : petit saut par dessus les herbes, demi-tour queue dressé, jet à plein puissance. Le regard glacé du géant angélique en disait long sur ce qui risquait d'arriver à la belle Azerine si elle ne se calmait pas dans la seconde. Le chat, lui, ne demanda pas son reste et fila sans attendre. Mission accomplie.
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