11-16-2011, 07:51 PM
La soirée avait été des plus calmes. Pas beaucoup de clients, tous occupés paraît-il. Le barman était tranquillement en train de nettoyer un verre quand un client, qui ressemblait à la caricature du bon poivrot, vint se poser au comptoir. Gros, mal rasé, puant la crasse, vêtu d'une vieille veste marron et d'un t-shirt rayé noir et blanc ainsi que taché. Le nez déjà passablement rouge et fort gros masquait des minces yeux noirs. L'homme s'alluma une clope et commanda une pression. Le barman la lui amena et au moment de payer, le client lui dit:
Dites, c'est bien vous le fameux Brian?
L'autre, nullement surpris, esquissa un sourire et répondit:
Ben mon gars, tu dois déjà être bien rond pour pas te douter que le seul employé d'un bar s'appelant "Chez Brian" s'appelle ainsi.
Le client ricana doucement et répliqua:
Nan, je veux dire: le renégat Brian? Celui que tout l'Enfer connaît.
Le sourire de l'autre disparut. Comment pouvait-il savoir? Le barman demanda donc:
-Euh... ouais. Mais comment z'êtes au courant?
-Je suis du genre bien renseigné, tu sais.
Telle fut la réponse. Bon sang, cela semblait faire une éternité que Brian n'avait plus été appelé ainsi. Oui enfin, plusieurs décades en fait. Lui, le fameux Baron de la Victoire, le fidèle serviteur du Prince Baal, juste derrière Leviathan. Respecté de tous, adulé, jusqu'à ce jour funeste. Ce jour où on lui avait confié la garde d'une relique à laquelle Baal tenait beaucoup: la lance de Longinus. Volée par des démons ambitieux, le Prince comptait bien la corrompre et en avait parlé en Conseil. C'est alors qu'Asmodée avait réussi à le convaincre de parier avec Kobal. Le pari portait sur le fait que plus personne ne pourrait voler à nouveau cette lance. Les règles étaient simples: c'était un serviteur de Kobal qui devrait la voler pour prouver le contraire. Durée du pari? Vingt-cinq ans. Les gages? Si Kobal perdait et bien, il démettrait de ses fonctions un Baron, au choix Baal et si Baal perdait... Non, mieux ne valait ne pas y penser.
Alors Baal avait mandé ce fidèle second et lui avait remis cette lance, lui faisant jurer de ne la donner à personne, sous aucun prétexte, qu'elle ne le quitte jamais. Jusqu'à ce maudit soir...
Il était tranquillement chez lui, dans une forteresse militaire française, à Verdun, sirotant un cognac quand on avait toqué à la porte. En face de lui, un autre militaire français, qui avec un grand sourire lui annonça :
On a gagné ! Ce crétin se retire de la course !
Brian, sourit doucement. Il savait que le Prince de l’Humour Noir avait encore six mois pour gagner aussi demanda-t-il :
Ah bon mon Prince ? Et comment en êtes-vous si sûr ?
L’autre militaire sourit de plus belle en disant :
Waterloo, 56ème régiment d’infanterie, cette question !
Brian tressaillit à l’écoute de ces mots. C’était le mot de passe convenu, qui permettait au Baron d’identifier formellement son Prince. Aussi répondit-il :
Oh, je vois Excellence. Je vous la remets donc ?
Le Prince l’air toujours aussi ravi acquiesça d’un signe de tête, et une fois la lance en main, son sourire devint un vilain rictus tandis qu’il se téléportait en disant :
J’en connais un qui va pas être content héhé !
Brian resta interloqué un instant puis il comprit. On l’avait trompé. Ce n’était pas Baal, par un moyen inconnu, un des serviteurs de Kobal s’était emparé du code. Il allait en prendre pour son grade.
Quelques heures plus tard, à l’issue de son entretien avec Baal, celui-ci lui fit une faveur : il lui donna deux jours d’avance. Pas mal, quand on passait que Baal venait de lui annoncer que dans deux jours, au Conseil, il annoncerait sa trahison, preuves à l’appui et que l’Enfer le chercherait désormais avec zèle.
Et le voilà, des décennies plus tard, tenant un bar, aidé en cela par Jésus, qui lui était apparu un soir en disant qu’un mec comme lui avait le profil pour l’aider à lancer sa chaîne de bistro. Il n’allait quand même pas refuser une si belle offre…
Cessant de vagabonder dans ses pensées, il se reconcentra sur son client et demanda :
Et c’est quoi ton nom mon gars ?
L’autre rigola doucement et répondit :
Screwy Squirrel, dit SSQ, mais ça doit pas t’aider pas vrai ?
Brian sourit un peu et répondit :
Nop. Au fait, toi qui sait tout, tu sais ce que je garde dans ce bar ?
L’autre sembla hésiter un bref instant, avant de répondre :
Non ?
Brian éclata de rire et désigna un vieux gobelet en bois ébréché sur l’étagère derrière lui en ajoutant :
Le Graal mon pote. Paraît qu’un pari courrait dessus en Bas…
D’un geste souple, l’autre sorti un pistolet… à eau et braqua Brian en disant avec une fausse voix de mafieux :
Tout juste mon pote. Donc tu vas gentiment me filer ce gobelet à la noix et je te jure de pas te mouiller.
Brian rigola et répondit :
Non, mon cher Baron, une fois, pas deux.
Là, SSQ prit un air vaguement perplexe avant d’un geste décider d’empoigner Brian et de se sentir directement aspiré vers l’extérieur tandis que le barman lui disait en souriant :
J’ai un message de Baal pour ton Prince, dis lui que la cravate Mickey, il pouvait accepter, mais le bec de Daffy Duck, ça, jamais !
Et SSQ fut éjecté du bar, sans pouvoir répondre.
Dites, c'est bien vous le fameux Brian?
L'autre, nullement surpris, esquissa un sourire et répondit:
Ben mon gars, tu dois déjà être bien rond pour pas te douter que le seul employé d'un bar s'appelant "Chez Brian" s'appelle ainsi.
Le client ricana doucement et répliqua:
Nan, je veux dire: le renégat Brian? Celui que tout l'Enfer connaît.
Le sourire de l'autre disparut. Comment pouvait-il savoir? Le barman demanda donc:
-Euh... ouais. Mais comment z'êtes au courant?
-Je suis du genre bien renseigné, tu sais.
Telle fut la réponse. Bon sang, cela semblait faire une éternité que Brian n'avait plus été appelé ainsi. Oui enfin, plusieurs décades en fait. Lui, le fameux Baron de la Victoire, le fidèle serviteur du Prince Baal, juste derrière Leviathan. Respecté de tous, adulé, jusqu'à ce jour funeste. Ce jour où on lui avait confié la garde d'une relique à laquelle Baal tenait beaucoup: la lance de Longinus. Volée par des démons ambitieux, le Prince comptait bien la corrompre et en avait parlé en Conseil. C'est alors qu'Asmodée avait réussi à le convaincre de parier avec Kobal. Le pari portait sur le fait que plus personne ne pourrait voler à nouveau cette lance. Les règles étaient simples: c'était un serviteur de Kobal qui devrait la voler pour prouver le contraire. Durée du pari? Vingt-cinq ans. Les gages? Si Kobal perdait et bien, il démettrait de ses fonctions un Baron, au choix Baal et si Baal perdait... Non, mieux ne valait ne pas y penser.
Alors Baal avait mandé ce fidèle second et lui avait remis cette lance, lui faisant jurer de ne la donner à personne, sous aucun prétexte, qu'elle ne le quitte jamais. Jusqu'à ce maudit soir...
Il était tranquillement chez lui, dans une forteresse militaire française, à Verdun, sirotant un cognac quand on avait toqué à la porte. En face de lui, un autre militaire français, qui avec un grand sourire lui annonça :
On a gagné ! Ce crétin se retire de la course !
Brian, sourit doucement. Il savait que le Prince de l’Humour Noir avait encore six mois pour gagner aussi demanda-t-il :
Ah bon mon Prince ? Et comment en êtes-vous si sûr ?
L’autre militaire sourit de plus belle en disant :
Waterloo, 56ème régiment d’infanterie, cette question !
Brian tressaillit à l’écoute de ces mots. C’était le mot de passe convenu, qui permettait au Baron d’identifier formellement son Prince. Aussi répondit-il :
Oh, je vois Excellence. Je vous la remets donc ?
Le Prince l’air toujours aussi ravi acquiesça d’un signe de tête, et une fois la lance en main, son sourire devint un vilain rictus tandis qu’il se téléportait en disant :
J’en connais un qui va pas être content héhé !
Brian resta interloqué un instant puis il comprit. On l’avait trompé. Ce n’était pas Baal, par un moyen inconnu, un des serviteurs de Kobal s’était emparé du code. Il allait en prendre pour son grade.
Quelques heures plus tard, à l’issue de son entretien avec Baal, celui-ci lui fit une faveur : il lui donna deux jours d’avance. Pas mal, quand on passait que Baal venait de lui annoncer que dans deux jours, au Conseil, il annoncerait sa trahison, preuves à l’appui et que l’Enfer le chercherait désormais avec zèle.
Et le voilà, des décennies plus tard, tenant un bar, aidé en cela par Jésus, qui lui était apparu un soir en disant qu’un mec comme lui avait le profil pour l’aider à lancer sa chaîne de bistro. Il n’allait quand même pas refuser une si belle offre…
Cessant de vagabonder dans ses pensées, il se reconcentra sur son client et demanda :
Et c’est quoi ton nom mon gars ?
L’autre rigola doucement et répondit :
Screwy Squirrel, dit SSQ, mais ça doit pas t’aider pas vrai ?
Brian sourit un peu et répondit :
Nop. Au fait, toi qui sait tout, tu sais ce que je garde dans ce bar ?
L’autre sembla hésiter un bref instant, avant de répondre :
Non ?
Brian éclata de rire et désigna un vieux gobelet en bois ébréché sur l’étagère derrière lui en ajoutant :
Le Graal mon pote. Paraît qu’un pari courrait dessus en Bas…
D’un geste souple, l’autre sorti un pistolet… à eau et braqua Brian en disant avec une fausse voix de mafieux :
Tout juste mon pote. Donc tu vas gentiment me filer ce gobelet à la noix et je te jure de pas te mouiller.
Brian rigola et répondit :
Non, mon cher Baron, une fois, pas deux.
Là, SSQ prit un air vaguement perplexe avant d’un geste décider d’empoigner Brian et de se sentir directement aspiré vers l’extérieur tandis que le barman lui disait en souriant :
J’ai un message de Baal pour ton Prince, dis lui que la cravate Mickey, il pouvait accepter, mais le bec de Daffy Duck, ça, jamais !
Et SSQ fut éjecté du bar, sans pouvoir répondre.