11-11-2011, 11:04 PM
Amako avait beaucoup de mal à garder les yeux ouverts. Une silhouette informe se pencha au-dessus de lui. Des cheveux longs frisés. Un visage assez jeune à la peau plutôt claire pour leur peuple. Des mains d'une grande douceur, tant par leurs gestes que par leur toucher. Un sourire. Un vrai sourire, le premier vrai sourire depuis des jours. Ou des semaines peut-être. Et des yeux. Amako se concentra sur ces deux points noirs qui ne cillaient pas. Il déglutit péniblement, le sang battait à ses tympans comme les tambours boīna. Son corps brûlait, la douleur envahissait chaque parcelle de cette épave dont il était fier avant. Sa main gauche lui manquait et la plaie de son ventre irradiait de pulsations malsaines.
Le jeune homme chuchota une question. Amako déglutit encore. Des larmes voulaient couler mais ses yeux restaient secs, brûlants. Il rassembla quelques mots pour répondre, des mots qui lui parurent soudain étranges. Ce qu'il s'était passé... Il revit son village et sa femme. Disparus. Il revit la savane familière. Rouge sang. Il revit les gens des mares aux hippopotames. Fuis. Son cœur fit un bond comme pour s'échapper. Tremblant, Amako s'obligea à regarder les yeux noirs. Il commença à parler.
Son village... Il préférait ne pas y penser. Il avait été attaqué par des bêtes, des fauves venus de plus loin. Quand les siens avaient été décimés, non sans s'être défendus, des insectes étaient arrivés, ils avaient... non. Ils avaient fui, lui et une poignée de compagnons.
Des jours dans la savane à panser leurs blessures tant bien que mal, à se rassembler et à se repérer pour savoir où aller. La marche ensuite. Elle leur avait semblé bien longue mais ce n'était que pour rejoindre un des villages voisins, le village des mares aux hippopotames. Là-bas, des femmes les avaient soignés. Leurs visages étaient tristes ou sans lumière, les gestes souvent mécaniques. Les hommes restaient dehors, Amako ne les avait vus que par l'ouverture. Comme s'ils guettaient. Un jour il y avait eu des cris, de l'agitation dans tout le village. Kone avait attrapé la fièvre. Il grelottait en plein midi, il délirait, sur les fauves, sur les larves, sur les vers qui attaquaient les récoltes et prenaient le contrôle des hommes. Il délirait.
Le lendemain, il n'y avait plus de cris. Les hommes étaient venus dans une case où il y avait des malades. Leurs yeux étaient déments. Trois étaient morts déjà, de leur courte errance ou de la fièvre. Un autre était mourant. Ils avaient pris les deux étrangers qui dormaient dans la case et les avaient emmenés dehors. Amako avait entendu de nouveaux cris. Il avait pris peur. Avec deux autres, il s'était levé, péniblement. Kone n'avait pas pu, et ils ne pouvaient pas le porter. Ils étaient partis, essayant d'être le plus discrets possible. Une femme les avait vu, mais elle avait détourné le regard.
Après... la fuite. Encore. Marcher, marcher, marcher... Et la fièvre. Un groupe étaient tombé sur eux. Au début, ils avaient eu très peur d'avoir été rattrapés. Mais ces gens-là n'avaient aucun rapport avec les autres. Ils avaient eu pitié, leur avaient donné de l'eau. Au bout de plusieurs heures, une journée, il ne savait plus, les autres les avaient rattrapés. Ils hurlaient, ils voulaient les prendre, les tuer, pire peut-être. La fuite, toujours. En courant. Et les nouveaux venus avaient été pourchassés avec eux. Ils s'étaient défendus. Avaient perdu du terrain. Repris. Le sang mouillait le sol avide. Ça avait tourné court. Les gens du Flamboyant l'avaient ramené avec eux. Diawara aussi.
Amako faiblissait. Les mots raclaient sa gorge, ne franchissant plus ses lèvres qu'à grand-peine. La silhouette au-dessus de lui perdait sa netteté. Un frisson violent le fit hoqueter de douleur. Deux points noirs clignèrent et une main fraîche se posa sur sa joue. De l'eau coula sur sa langue et Amako ne pensa plus qu'à cela, ses yeux sableux se fermèrent.
Le jeune homme chuchota une question. Amako déglutit encore. Des larmes voulaient couler mais ses yeux restaient secs, brûlants. Il rassembla quelques mots pour répondre, des mots qui lui parurent soudain étranges. Ce qu'il s'était passé... Il revit son village et sa femme. Disparus. Il revit la savane familière. Rouge sang. Il revit les gens des mares aux hippopotames. Fuis. Son cœur fit un bond comme pour s'échapper. Tremblant, Amako s'obligea à regarder les yeux noirs. Il commença à parler.
Son village... Il préférait ne pas y penser. Il avait été attaqué par des bêtes, des fauves venus de plus loin. Quand les siens avaient été décimés, non sans s'être défendus, des insectes étaient arrivés, ils avaient... non. Ils avaient fui, lui et une poignée de compagnons.
Des jours dans la savane à panser leurs blessures tant bien que mal, à se rassembler et à se repérer pour savoir où aller. La marche ensuite. Elle leur avait semblé bien longue mais ce n'était que pour rejoindre un des villages voisins, le village des mares aux hippopotames. Là-bas, des femmes les avaient soignés. Leurs visages étaient tristes ou sans lumière, les gestes souvent mécaniques. Les hommes restaient dehors, Amako ne les avait vus que par l'ouverture. Comme s'ils guettaient. Un jour il y avait eu des cris, de l'agitation dans tout le village. Kone avait attrapé la fièvre. Il grelottait en plein midi, il délirait, sur les fauves, sur les larves, sur les vers qui attaquaient les récoltes et prenaient le contrôle des hommes. Il délirait.
Le lendemain, il n'y avait plus de cris. Les hommes étaient venus dans une case où il y avait des malades. Leurs yeux étaient déments. Trois étaient morts déjà, de leur courte errance ou de la fièvre. Un autre était mourant. Ils avaient pris les deux étrangers qui dormaient dans la case et les avaient emmenés dehors. Amako avait entendu de nouveaux cris. Il avait pris peur. Avec deux autres, il s'était levé, péniblement. Kone n'avait pas pu, et ils ne pouvaient pas le porter. Ils étaient partis, essayant d'être le plus discrets possible. Une femme les avait vu, mais elle avait détourné le regard.
Après... la fuite. Encore. Marcher, marcher, marcher... Et la fièvre. Un groupe étaient tombé sur eux. Au début, ils avaient eu très peur d'avoir été rattrapés. Mais ces gens-là n'avaient aucun rapport avec les autres. Ils avaient eu pitié, leur avaient donné de l'eau. Au bout de plusieurs heures, une journée, il ne savait plus, les autres les avaient rattrapés. Ils hurlaient, ils voulaient les prendre, les tuer, pire peut-être. La fuite, toujours. En courant. Et les nouveaux venus avaient été pourchassés avec eux. Ils s'étaient défendus. Avaient perdu du terrain. Repris. Le sang mouillait le sol avide. Ça avait tourné court. Les gens du Flamboyant l'avaient ramené avec eux. Diawara aussi.
Amako faiblissait. Les mots raclaient sa gorge, ne franchissant plus ses lèvres qu'à grand-peine. La silhouette au-dessus de lui perdait sa netteté. Un frisson violent le fit hoqueter de douleur. Deux points noirs clignèrent et une main fraîche se posa sur sa joue. De l'eau coula sur sa langue et Amako ne pensa plus qu'à cela, ses yeux sableux se fermèrent.