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De l'ombre à la Lumière, un pas
#2
  Assama n'avait pas posé le pied dans le village depuis bien longtemps. Quand les enfants le virent arriver, ils s'égayèrent pour aller trouver leurs parents et le vieil homme n'avait pas fait vingt pas qu'il y avait déjà foule pour l'accueillir. On se pressait sur la place, chacun cherchant l'ombre du grand arbre-à-palabres. Quelques femmes étaient venues, moins curieuses que les hommes pour cette fois mais heureuses d'avoir une distraction.
  Il faisait chaud dans la lumière de fin de matinée. Assama traversa lentement, regardant chacun tour à tour. Sekou et Yaya, les amis de son fils ; Balè, Yatane et Assetou, fières et distantes ; Amonou et sa famille presqu'au complet ; Tewe, un des vieux avec lui, installé sous l'arbre comme s'il avait été sculpté dans l'une de ses racines ; des petits qu'il ne connaissait pas et des jeunes qu'il ne pouvait reconnaître. Dalo, le patriarche des Kamale, s'avançait aussi pour venir à sa rencontre et à ses côtés marchait l'apprenti du wali, Gelilaa, venu espionner pour son maître certainement. L'ermite cessa de répertorier les présents lorsqu'un pétale rouge sang frôla sa joue parcheminée en tombant. Il leva les yeux vers le feuillage de l'arbre au cœur du village et vit d'autres fleurs tomber de leur support. D'une main assez vive, il les repoussa puis franchit la courte distance qui le séparait encore du groupe.

  Lorsque les salutations d'usage eurent été échangées – et cela dura longtemps car chaque famille du village était représentée – Dalo parla pour tous :


- Bon retour parmi les tiens, Assama. Où que ton deuil t'ait mené, sache que nul n'a pleuré ton fils plus que toi.

  Le vieillard sourit brièvement.

- Merci à toi Dalo. Mon voyage ne fut pas bien long. Je me suis arrêté sur la terre des proscrits et me suis installé avec eux car c'est ainsi que je me sentais. J'y serais resté si les temps n'étaient si troublés.

  Alors que l'ermite reprenait son souffle et courbait son corps pour s'asseoir près de Tewe, Gelilaa vînt le soutenir en douceur.

- Assama, nul n'est tenu de suivre tout ce que dit le wali. Il est un guide et ne fait que montrer une voie. Ton choix n'était pas moins valide que le nôtre.
- Ce n'est pas le moment de parler de cela, rétorqua le vieil homme en écartant le mains de l'apprenti. J'ai entendu des rumeurs apportées par ceux qui fuyaient leurs foyers, reprit-il pour que tous entendent. Ces derniers mois, tant de nouveaux exilés ont rejoint nos rangs que même les maisons des disparus n'ont pas suffi pour loger tout le monde. Et beaucoup avaient des histoires à raconter. Certains sont venus à plusieurs du même village, chassés pour des raisons qui n'auraient pas du mener jusque là. D'autres étaient des réfugiés, des sans villages parce que le leur avait brûlé ou que l'eau des puits et des profondeurs avait empoisonné la terre, les hommes et le bétail.

  Il fit une pause pour reprendre son souffle, laissant ses poumons se gorger de l'air chaud et parfumé qui circulait sous l'arbre-à-palabres. Dans la foule, même les petits chuchotaient pour ne pas déranger le récit.

- Les derniers arrivés ont été les premiers à créer une nouvelle rumeur. Certains... ont commencé à disparaître. Ils étaient installés à la périphérie dans des abris de fortune. La nuit nous avons entendu des bruits, des grognements. Et quand le soleil se levait, il manquait quelqu'un, parfois même deux ou trois personnes. Il y a eu du sang aussi.

  La voix du vieillard faiblit. Il se mit à tousser, une toux sèche qui rappela à ceux qui l'écoutaient la fatigue que représentait pour un vieux corps un voyage tel que celui qu'il venait d'effectuer. Il s'essuya la bouche du revers de la main et reprit :

- Du sang, oui. Ce sont des bêtes qui les ont emportés. Des bêtes qui n'approchaient jamais avant. Elles rôdent maintenant et on ne les voit pas. Il y a deux jours, quelqu'un a disparu en plein jour. Elles rôdent... Toi ! s'écria Assama en saisissant le poignet de Gelilaa de ses doigts trop maigres. Va prévenir ton maître. Va, insista-t-il et dans ses yeux sombres brûlait une flamme de démence, et dis-lui que les fauves s'attaquent aux hommes, dis-lui que les esprits son devenus fous !
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De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 10-29-2011, 09:07 PM
Re : De l'ombre à la Lumière, un pas - by Galila - 10-30-2011, 10:03 PM

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