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Prélude : La jeune fille et la mort
#4
Il lui était formellement interdit de rencontrer son futur époux avant la cérémonie.
À moins de trois jours de cette dernière, il lui fallait essayer pour la énième fois, sa robe de mariée.
Durant le mois qui avait suivi l’annonce de ce mariage, La jeune femme avait eu longuement le temps de penser à son devenir.
Elle réalisa dès le départ qu’il n’y en avait pas.
Aussitôt l’héritier né, son nom serait retiré de la lignée. Aussitôt son vieux mari décédé, la tutelle de l’enfant reviendrait à ses grands parents. Quant à elle, elle se ferait oublier, peut-être en Inde, ou plus loin en Chine… Le plus loin possible.
Cela l’attristait mais ne lui fendait pas le cœur pour autant. Parce que son indifférence manifeste vis-à-vis de cette perspective n’avait qu’une seule origine, celle de cette photo qu’elle tirait secrètement de l’emplacement qu’elle avait fait sous le tiroir de son bureau.

Elle en caressait si souvent la texture que cette dernière avait grandement pali.

- Caleb, murmurait-elle dans le secret de son reste d’intimité. Mon tendre amour, que ne me donnes-tu plus de nouvelles ?

Deux ans déjà qu’il était parti faire ses armes à l’Académie. Et pas une seule lettre. Enfin, probablement, mais pas une ne lui était parvenue.
Pourtant elle s’était jetée au pied d’une servante pour l’implorer de sauver ne serait-ce qu’une page… Une seule page qui lui assure la santé du plus brave et du plus doux des hommes. Elle voulait moins le savoir aimant qu’existant.
La plupart des heures de ses journées étaient consacrées à l’invention et aux fantasmes le concernant.
Que devenait-il, où était-il ?
Jamais elle ne l’avait imaginé mort.
C’était impossible. Pas lui.

Et au moment, où exceptionnellement, elle s’était déplacée jusque chez le tailleur pour les derniers ajustements, elle y pensait encore.
Les bras levés, et le visage inexpressif, elle ne voyait que son regard.
Et ce qui aurait du être un moment de relative tranquillité se transforma en cauchemar.

- C’est la compagne du pendu…

Elle n’aurait pas du entendre ces mots là.
Jamais.
Elle n’aurait jamais du descendre de l’estrade, jamais du aller s’enquérir de la fin des préparatifs auprès des filles du tailleur.
Maintenant qu’elle surprenait cette conversation bien malgré elle, cachée qu’elle était dans l’encadrure de la porte, elle avait du mal à respirer.

- Ce misérable qui a été suspendu à la branche de l’oranger. Elle était sa sœur et sa maîtresse, je t’assure.

Les deux mains sur la bouche, et les yeux écarquillés, elle ne parvenait pas à regagner son souffle. Passant ses mains dans ses cheveux, elle sentait quelque chose se briser en elle.
Les brimades sur son comportement incestueux, elle avait pris l’habitude de les supporter et elle savait en un art consommé offrir des sourires tristes à ses détracteurs.
Les insultes, les coups, et la réputation.
Tout ça, c’est volontiers qu’elle l’endurait.
Sans un bruit. Sans un mot plus haut que l’autre, elle avait accepté de se laisser mourir dans les bras d’un avenir peu brillant.
Elle n’avait pas protesté une seule fois jusqu’à la veille de son mariage.
Tout ça, elle le supportait et elle l’aurait supporté encore des années.
Pour une seule chose. Qu’elle ne soupçonnait que peu.
Une toute petite chose.
Cette chose minuscule qui ne voulait pas mourir en son cœur.

Pour cet espoir de le revoir un jour.

Même si elle avait tendance à amplifier ce sentiment jusqu’à le romancer, elle gardait pour elle ce besoin de le voir venir un jour. Et faisant fi de toute chose, l’emporter loin de Londres et de tous les préjugés.

Elle avait des hauts le cœur. Elle voulait disparaître.
On ne peut qu’effleurer l’abandon et le chagrin qui la subjuguaient.

Croire que l’on a tout perdu revient à se soulager du fardeau de l’existence.
Mais prendre conscience au milieu du désarroi qu’on a encore d’avantage a abandonné est une sentence que nul être ne souhaite, même à son pire ennemi.

Elle hurla.
Surprenant les filles du tailleur comme les deux servantes venues pour l’accompagner.
Elle hurla aussi fort que sa tristesse était profonde.
Elle saisit sa coiffe de mariée soudainement. Et se mit à courir à travers la boutique. Pour fuir.

Sous les hurlements de ses bonnes, et le regard du ciel, elle voulu mettre autant de distance que ses jambes le lui permettaient entre elle et la réalité.

Elle n’eut pas le temps de voir l’attelage arrivé à pleine vitesse en travers les rues de la ville.

Elle couru très peu.

Mais pourtant si loin…
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